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10.07.2017

Mère Julia et le sacerdoce

L’abbé Edward Poppe (1890-1924)
Très jeune déjà, Julia est animée du désir de s’engager pour les prêtres. Comme enfant, elle apprend à connaître la “Croisade eucharistique des Enfants”. Créé à Lourdes au cours du Congrès Eucharistique de 1914, ce mouvement est déjà répandu dans de nombreux pays, dont la Belgique. Il est le fruit des décisions du pape Pie X (1903-1914) en faveur de la communion fréquente et de la communion précoce des enfants. Le but de la Croisade eucharistique est d’éveiller dans le cœur des enfants un amour fervent envers Jésus Eucharistie et envers Notre-Dame et de favoriser l’amour du sacrifice par une catéchèse, des entretiens réguliers et la diffusion d’un périodique spécifique. A cette période, l’abbé Edward Poppe (1890-1924), qui sera béatifié par le pape Jean-Paul II le 3 octobre 1999, est l’un des instruments les plus efficaces de la Croisade eucharistique en Belgique. Julia a l’occasion de rencontrer ce fervent serviteur de l’Église lors de la visite qu’il fait à l’école. Il laissera une trace indélébile dans son âme :
 
“Durant mon enfance, l’abbé Edward Poppe fut pour moi un instrument de Dieu, comme une porte par laquelle la douce lumière de l’Eucharistie a pu entrer en mon âme. C’est par la Croisade eucharistique des Enfants que je me suis sentie intérieurement attirée vers le Seigneur Eucharistique qui m’a saisie, accompagnée et nourrie de sa sainte Présence.” Ce prêtre fut aussi à l’origine de la grande estime de Mère Julia pour le sacerdoce. “Je conçus alors un immense amour pour les prêtres et pour le sacrement de l’Ordre. Ce sont les prêtres qui nous montrent le chemin de la foi. Je fus remplie d’une estime et d’un respect sacrés pour eux. C’est alors que je songeais pour la première fois à faire l’offrande de ma vie pour la sanctification des prêtres. Cela éveilla en moi un amour et une action de grâce qui ne cessèrent de croître au fur et à mesure que je voyais comment ils étaient instruments de la grâce de Dieu.”
Mère Julia avait 12 ans quand Arthur Cyriel Hillewaere, prêtre du diocèse de Bruges, arriva comme vicaire à Geluwe, son village natal. Il fut son confesseur et son directeur spirituel durant plusieurs années. Vivant son sacerdoce avec foi et zèle, ce prêtre fut grandement estimé et aimé. En sa personne, Mère Julia a rencontré un homme de Dieu engagé, intéressé et ouvert aux questions de son temps. Un jour, au nom de la communauté en développement, elle lui exprima sa reconnaissance de la façon suivante : “Il convient de vous remercier pour tout ce que, durant tant d’années vous avez fait et vous avez été pour nous, pour le don merveilleux de votre vie et de votre ministère sacerdotal à notre égard.”

La paternité spirituelle des prêtres

Le prêtre tient une place importante dans les écrits de Mère Julia qui témoignent de la grandeur et de la dignité de la vocation sacerdotale. Les Lettres de saint Paul étant une source d’inspiration pour la vie de Mère Julia, c’est également ce grand Apôtre qui lui dicte l’idéal du sacerdoce, lui qui voulait être un père spirituel pour les communautés qu’il avait fondées. C’est ainsi que Paul écrit aux chrétiens de Corinthe : “C‘est moi qui, par l’annonce de l’Évangile, vous ai fait naître à la vie du Christ Jésus” (1 Cor 4,15). Aux chrétiens de Thessalonique il écrira : “Vous savez bien que nous avons été pour chacun de vous comme un père pour ses enfants; nous vous avons exhortés et encouragés, nous vous avons suppliés d’avoir une conduite digne de Dieu, lui qui vous appelle à son Royaume et à sa gloire.” (1 Th 2,11-12).
 
On devient père en donnant la vie à un enfant. On devient père spirituel ou père dans le Christ en engendrant la vie spirituelle, c’est à dire la vie du Christ Jésus, dans le cœur des hommes. Il est de la mission du prêtre d’enfanter la foi au Christ dans les cœurs de nombreuses personnes, par sa vie, ses œuvres et tout son être sacerdotal. Par la prédication de la parole de Dieu, par la prière sacerdotale, l’administration des sacrements et le service de la direction spirituelle, le Christ “naît” dans les âmes. Mère Julia écrit : “Sublime et admirable est la paternité des prêtres, ces hommes de Dieu qui se vouent corps et âme au service royal et sacré du Christ !”. Le prêtre qui comprend et réalise sa vocation à la paternité spirituelle, favorise la croissance de l’Église et éprouve beaucoup de bonheur et de satisfaction dans son service. Le bonheur de la paternité spirituelle vaut celui de la paternité naturelle. Les deux formes de paternité exigent efforts et engagement et apportent leurs croix et leurs souffrances. Mais le Seigneur Jésus transforme les douleurs spirituelles de l’enfantement pour en faire une source toujours nouvelle de vie et de joie.
Bien souvent Mère Julia a pu voir comment un prêtre de foi peut aider de nombreuses personnes à retrouver l’amitié avec Dieu et à entrer dans la vie du Christ. Le prêtre continue la mission du Christ, il annonce et agit en son Nom, il est un guide et un appui pour arriver à la vie épanouie dans ce monde et pour atteindre le bonheur éternel. “Le prêtre qui vit sa vocation dignement et avec fidélité a un grand rayonnement. Il est pour les hommes un appel continuel aux valeurs éternelles.” (Mère Julia).
 
 
L’image que l’on se fait de l’Église est souvent liée à des expériences concrètes vécues avec un prêtre. Si un prêtre superficiel et spirituellement pauvre peut brouiller et falsifier l’image de l’Église chez certains, un prêtre heureux et fidèle peut projeter une image positive de l’Église chez d’autres. C’est pourquoi Mère Julia dit : “Le prêtre qui vit dignement son sacerdoce donne au monde une image authentique de l’Église”.
 
Mère Julia savait que, dans une grande mesure, la foi du peuple de Dieu dépend du niveau spirituel et théologique des prêtres. L’Église a besoin d’hommes de Dieu qui soient saints et éclairés, qui soient “experts” dans les choses de Dieu. Elle a besoin d’apôtres courageux qui, comme saint Paul soient animés du respect pour le Seigneur et aillent jusqu’à tout risquer pour gagner des hommes au Christ (cf. 2 Cor 5,11). Le peuple de Dieu peut prier pour obtenir de tels prêtres.
»Prions afin d’obtenir de saints prêtres! Leur vie est une offrande, leur parole attise la lumière de la foi.«
Mère Julia Verhaeghe