Cover
»«
published_date
22.12.2017
author
P. Peter Willi FSO

La Naissance de Jésus à Bethléem

Chaque année, durant la Messe de Minuit, saint Luc nous annonce la Naissance de Jésus dans l'Évangile de Noël :
 
"Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité. Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinus était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem, - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David - afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter. Elle enfanta son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'ils manquaient de place dans la salle. Il y avait dans la même région des bergers qui vivaient aux champs et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit. L'Ange du Seigneur se tint près d'eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ; et ils furent saisis d'une grande crainte. Mais l'ange leur dit : Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd'hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. Et soudain se joignit à l'ange une troupe nombreuse de l'armée céleste, qui louait Dieu, en disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance !  Et il advint, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, que les bergers se dirent entre eux : Allons jusqu'à Bethléem et voyons ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître. Ils vinrent donc en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche. Ayant vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit de cet enfant ; et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers. Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur. Puis les bergers s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu, suivant ce qui leur avait été annoncé." (Lc, 2,1-20).
 
Comment était l'époque durant laquelle Jésus est né, et dans quelles circonstances sa naissance s'est-elle accomplie?  Les sciences bibliques et historiques nous offrent des détails très intéressants qui peuvent nous aider à mieux comprendre l'Évangile de Noël.
L'empereur César Auguste
 

L'Évangéliste commence à nous raconter la naissance de Jésus en nous donnant un détail sur la date. Il nous dit : "Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité. Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinus était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville." (Lc, 2,1-2). Bien que la naissance de Jésus se soit déroulée en toute discrétion, il s'agit d'un événement historique à l'échelle du monde. L'Évangéliste s'applique à placer cet événement dans le cours de l'histoire. Le fils de Dieu est né sous la domination de l'empereur romain César Auguste. Ce fait n'est certainement pas un hasard. Il est, bien au contraire, solidement ancré dans le plan éternel de Dieu. Le Verbe éternel de Dieu prend la nature humaine à un moment historique précis, lorsque l'Empire Romain jouit d'une paix relative après de nombreuses guerres. Depuis 63 avant Jésus-Christ, la modeste contrée de Palestine faisait partie de la province Romaine de la Syrie. Elle comptait environs deux millions et demi d'habitants, dont deux millions de Juifs. Après de nombreuses querelles politiques et sociales, César Auguste, l'un des souverains les plus significatifs de l'Antiquité, avait réussi à instaurer une période de paix. Philo d'Alexandrie, un Juif de la diaspora, l'appelle le héro porteur de victoire. A son sujet il écrit : "Pour peu, l'humanité entière se serait entretuée si n'était pas apparu cet homme Auguste, ce souverain digne d'être appelé le héro qui repousse le malheur et qui guérit le monde des défauts communs des Grecs et des Barbares. Les liens qui entravaient et oppressaient les habitants de la terre, il ne les a pas seulement détachés, c'est lui qui les a cassés. C'est lui qui a conduit toutes les villes vers la liberté. Qui a instauré l'ordre là où régnait le chaos, lui, le gardien de la paix qui donne à chacun ce qui lui revient". A Priène, dans la Turquie d'aujourd'hui, une inscription a été trouvée mentionnant que: "La providence a suscité et orné merveilleusement la vie humaine en nous donnant Auguste, comblé de vertus, pour en faire le bienfaiteur des hommes, notre sauveur, pour nous et pour ceux qui viendront après nous. Il ne faut plus en attendre un plus grand!".

Ne fallait-il vraiment plus en attendre un plus grand?  Bien sûr que si!  Un Sauveur bien plus grand, en effet est venu!  Il est le Fils du Dieu vivant ! Il a caché sa grandeur et ne s'est pas présenté comme un souverain, un homme de puissance, mais comme quelqu'un qui voulait gagner le cœur des hommes par une puissance bien plus grande, celle de l'amour, de la miséricorde, de l'humilité et de la vérité, afin de les conduire au seul vrai Dieu. Durant ses quarante-cinq années de règne, par la période de paix qu'il a instaurée et le bien-être qu'il a encouragé, César Auguste a sans aucun doute réalisé de grandes choses pour les hommes de son époque. On dit de lui que, lorsqu'il est arrivé à Rome, il a trouvé une ville de terre cuite pour quitter, à la fin de sa vie, une ville de marbre. Toutefois, malgré toutes les choses remarquables qu'il a réalisées, et les titres que les hommes lui ont accordés, il n'était pas le "Sauveur", le "Très-Haut", le Divin le "Messager de la paix" véritable. Il n'était pas l'invincible, le sauveur du monde. C'est sous son règne que le vrai Sauveur a vu le jour, à Bethléem en Judée, une ville minuscule de son empire grandiose.
 

Mais à cette époque, la misère humaine était aussi remarquable que l'éclat de l'empire romain. César Auguste a apporté la Pax Augusta – une paix politique – dans le monde, mais c'est le Fils de Marie qui apporte la paix profonde des cœurs. Nous ne pouvons oublier que Jésus est né à une époque où l'on était très peu indulgent vis-à-vis des enfants et de la famille, une époque où l'avortement et l'assassinat de nourrissons n'était pas chose rare. C'est justement dans ce monde apparemment accompli et sauvé, dans cette situation optimale créée par César Auguste, qu'est né le Sauveur. Il est venu dans notre monde sans bruit, dans le silence. César Auguste a apporté une paix extérieure, la Pax Augusta, mais le monde avait besoin de la paix intérieure du cœur, la Pax Christiana.

 
Le roi Hérode le Grand
 
A l'époque de la naissance de Jésus, Hérode le Grand était au pouvoir en Palestine. Ce souverain avait atteint le succès selon les critères sur la puissance du monde. En ce qui concerne la morale, il était un dictateur rusé et brutal. Un de ses historiens déclara avec plus de vérité que de goût que "ce prince était arrivé au pouvoir comme un renard, qu'il avait régné comme un tigre et qu'il était mort comme un chien enragé". Son instinct politique et sa diplomatie sans scrupules lui ont donné d'entrer dans les faveurs de ceux qui étaient au pouvoir à Rome, la métropole du monde. En tant que roi des Juifs, il menait la politique suivante: l'oppression du nationalisme et du patriotisme juif, le dépouillement de la renommée et de la prospérité du peuple juif en Palestine et dans la Diaspora, et finalement l'introduction de la culture grecque. Mais il n'a jamais compris le sens profond du Judaïsme et, en tant que roi des Juifs, il fut toujours un étranger parmi les Juifs. Son désir le plus cher était d'introduire la culture grecque dans toute la Palestine. Aujourd'hui on pourrait dire qu'il voulait résolument pousser à fond la sécularisation de la religion et de la culture juive. Il fit aussi construire des fortifications dans tout le pays. L'une d'entre elles, l'Herodium, somptueuse, proche de Bethléem, deviendra sa nécropole. Sa vie fut marquée par le luxe et le gaspillage. A Jéricho, il engagea des architectes renommés pour faire construire à son usage un palais d'agrément digne d'un conte de fées. Pour s'attirer la faveur des Juifs, il fit reconstruire le temple et en fit l'une des plus belles constructions du monde. Un historien juif, Flavius Josèphe, dit même que le temple de Jérusalem était le plus bel édifice du monde. Hérode avait dix épouses légitimes. Huit d'entre elles lui ont donné des enfants : neuf fils et cinq filles, mais il n'aimait sincèrement qu'une seule femme, la Juive Mariamme. Seulement, cette fière aristocrate, descendante d'une famille de grand prêtre était consciente de l'importance de sa lignée juive. Sous la pression constante de sa mère elle rendit l'atmosphère du palais d'Hérode irrespirable. En fin de compte Hérode la tua avant de tomber dans une profonde dépression. Il tua encore trois de ses fils et durant son règne il fit périr de nombreux opposants, vrais ou supposés. Il lui arriva de faire tuer en un seul jour six mille Pharisiens qui avaient refusé de jurer fidélité à l'empereur. Cela sema l'épouvante dans tout le pays. On craignait partout les délateurs et les espions du roi. Lorsque Matthieu rapporte la visite des Mages d'Orient au roi Hérode, et leur entretien au sujet de l'endroit où venait de naître le Roi des Juifs, on comprend mieux pourquoi il ajoute : "L'ayant appris, le roi Hérode s'émut, et tout Jérusalem avec lui." (Mt 2,3). Jésus a vécu trente-trois ans sur terre. Hérode, qui a fait tant de mal à son peuple, a régné durant trente-trois ans, de l'an 37 à l'an 4 avant Jésus-Christ. A la fin de son règne naît Celui qui, seul, est à même d'apporter la paix véritable.
 
 
Bethléem
La ville de Bethléem
 
Jésus est né dans la petite ville de Bethléem, située à huit kilomètres au sud-est de Jérusalem. C'est en Égypte que l'on trouve les premières traces de ce lieu, dans les Lettres d'Armana datant du 14e siècle avant Jésus-Christ. Cet endroit s'appelait "Bit ilu Lachama", la maison de la déesse Lachama, une déesse cananéenne de la fécondité. Au cours des siècles, après un long processus, "Bit ilu Lachama" devint Bethléem, qui signifie "Maison du pain". A 780 mètres au dessus du niveau de la mer, et entouré de collines, ce lieu jouit d'une terre fertile. En plus de la date, c'est aussi l'endroit de la naissance de Jésus qui nous fait dire que ce n'est pas un hasard si Jésus voit le jour à Bethléem, la Maison du pain, dans une mangeoire, Lui qui trente ans plus tard, avant de devenir la nourriture spirituelle de toute l'humanité, dira : "Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour le salut du monde." (Jn 6,51).
 
Durant l'Ancienne Alliance, Bethléem est aussi un endroit significatif dans l'histoire du Peuple de Dieu. C'est ici qu'à vécu Ruth, la grand-mère de David, qui glanait dans les champs de Booz. C'est ici qu'est né David, qui faisait paître le troupeau de son père Jessé dans les environs. C'est dans cette ville que Samuel a été appelé à la royauté et qu'il a été oint comme roi d'Israël. Déjà au 8e siècle avant Jésus-Christ, le prophète Michée parle de Bethléem : "Et toi, Bethléem Ephrata, le moindre des clans de Juda, c'est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël ; ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques. C'est pourquoi il les abandonnera jusqu'au temps où aura enfanté celle qui doit enfanter. Alors le reste de ses frères reviendra aux enfants d'Israël. Il se dressera, il fera paître son troupeau par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom de son Dieu. Ils s'établiront, car alors il sera grand jusqu'aux extrémités du pays." (Mi 5,1-3). Une tradition antique stipulait que le Messie naîtrait à Bethléem, de la maison et de la lignée de David. Comment cela pouvait-il se réaliser, étant donné que Marie et Joseph habitaient Nazareth ?
 
Le recensement
 
L'Évangéliste Luc nous raconte comment César Auguste ordonne à tous les habitants de son Empire de se faire inscrire. Les Romains étaient de très bons gestionnaires et le recensement faisait partie intégrante de leur politique. Il ne s'agissait pas simplement d'avoir une idée du nombre d'habitants, mais bien plus, de connaître la relation entre les habitants et leurs biens, afin de pouvoir fixer le montant de l'impôt par tête et par propriété. Un papyrus égyptien de l'an 104 après Jésus-Christ fait mention d'un tel recensement : "Gaïos Vibios Maximos, gouverneur d'Égypte déclare que, tenant compte de la prochaine estimation des ménages, il est indispensable d'ordonner à tous ceux qui se trouvent en dehors du département, quelle qu'en soit la raison, de rentrer dans leur foyer afin de pouvoir procéder à l'estimation coutumière."   L'ordonnance dont parle saint Luc aurait pu être exprimée de la même façon. Chacun devait donc se faire inscrire là où il était né. Nous ne savons pas pourquoi Joseph vivait à Nazareth et non à Bethléem. Mais cette ordonnance impériale l'a obligé à s'y rendre. Il était de la lignée de David et avait sans doute part, dans une mesure difficilement définissable, au patrimoine familial.
Le voyage de Marie et Joseph à Bethléem
 
L'Évangéliste saint Luc ne nous dit pas pourquoi Joseph à amené Marie, sa fiancée, à Bethléem. Plusieurs raisons sont possibles. Soit que Marie fut peut-être imposable : certaines sources syriennes montrent que les femmes l'étaient à partir de douze ans. Ou bien, que Joseph ne voulut pas laisser Marie seule au moment de la naissance. Ou bien encore, que Joseph voulait éviter que Marie fasse l'objet de ragots. En effet, Marie attendait un enfant bien qu'elle ne fut que fiancée et qu'elle était vierge. A Nazareth, Marie, tout comme Joseph, se trouvaient dans une situation délicate. Il y avait une tension entre la pureté de leur conscience tout orientée sur les desseins de Dieu, et l'idée que se faisaient les habitants de la petite ville de Nazareth lorsqu'ils ont vu que Marie, encore fiancée, attendait un enfant, ce qu'ils considéraient comme un scandale. Marie devait avoir environ quinze ans. Ni elle ni Joseph son fiancé ne pouvaient s'exprimer ouvertement au sujet des circonstances relatives à la conception de l'Enfant. Les fiançailles avaient à l'époque plus d'importance qu'elles n'en ont aujourd'hui. Les fiançailles juives constituaient une promesse de mariage contraignante. Le mariage proprement dit n'entrait en vigueur qu'un an ou deux plus tard. Selon le droit juif, par les fiançailles, Marie appartenait déjà à Joseph qui reçut de l'Ange l'ordre divin de prendre Marie chez lui. De tout cela, les habitants de Nazareth ne savaient rien.
 
Le voyage à Nazareth fut pénible, surtout pour Marie. Il fallait parcourir une route de cent trente kilomètres, non pas avec les moyens de transports modernes, mais à pieds ou à dos d'âne. Marie et Joseph étaient-ils heureux de ce décret impérial qui les obligeait à se rendre à Bethléem ?  Était-ce une réponse à la question difficile concernant la naissance de l'Enfant ?  Nous ne connaissons pas la réponse à ces questions, mais nous pouvons penser que, dans le concours des circonstances, Marie et Joseph ont pu reconnaître la main aimante de la Providence divine.
Pas de place à l'auberge
 
Arrivés à Bethléem, Marie et Joseph cherchent dans une auberge, un endroit convenable pour la naissance de Jésus. On peut se demander en quoi consistait cette auberge. Les opinions à ce sujet sont diverses. Une explication nous dit qu'il devait s'agir d'une auberge publique, c'est à dire un khan oriental typique, une place carrée entourée de murs avec une fontaine autour de laquelle on pouvait dormir et près de laquelle étaient attachés les animaux. Bethléem étant située à l'époque le long d'une voie commerciale, les caravanes s'y arrêtaient. L'endroit dont parle l'Évangile était-il un khan oriental ou une auberge privée, la question reste ouverte. Mais saint Luc tient à souligner que Marie n'a pas trouvé d'endroit convenable pour mettre son Enfant au monde. Il lui fallait chercher ailleurs.
 
 
 
L'étable et la crèche
 
Marie a mis son Enfant au monde dans une étable qui servait à abriter les animaux, surtout durant la nuit. De quelle sorte d'étable est-il question ?  Soit, il s'agissait d'une étable construite spécialement pour les animaux, soit, il s'agissait d'une grotte naturelle, comme il y en a beaucoup à Bethléem et dans ses environs. C'est au dessus d'une telle grotte qu'en 326, l'empereur Constantin commença la construction d'une basilique superbe à cinq transepts, là où l'on vénérait depuis longtemps Jésus dans sa naissance. La tradition locale qui soutient que Jésus est né dans une grotte naturelle utilisée aussi pour les animaux, et non dans une étable construite, trouve ici une preuve. La crèche n'était pas un bac en bois sur quatre pieds, cela n'existait pas en Palestine à l'époque, mais bien une mangeoire faite d'argile et de pierre dans le mur.
L'Enfant enveloppé de langes
 
L'Évangéliste Luc nous raconte que Marie a emmailloté le Nouveau-Né et l'a déposé dans une crèche, car il n'y avait pas de place pour eux à l'auberge. A l'époque, les nouveau-nés étaient enveloppés de langes et emmaillotés pour que les membres puissent rester bien droits. Pourquoi saint Luc tient-il à souligner ce détail ?  Peut-être veut-il nous dire que l'on a fait pour cet enfant tout ce que l'on faisait pour chaque enfant. Les œuvres merveilleuses et les plans de Dieu se réalisent bien souvent dans la normalité toute simple de la vie humaine.
 
Les circonstances extérieures relatives à la naissance de Jésus ne furent certainement pas des plus agréables. Mais le saint Évangile ne dit pas que Marie et Joseph aient été rudement repoussés et que la situation les ait rendus malheureux. Qu'une femme mette un enfant au monde dans de telles circonstances, ce n'était pas quelque chose de tout à fait extraordinaire. Cela se passait assez souvent à l'époque. Saint Luc veut peut-être dire que, dans ses desseins incommensurables, Dieu a voulu que cet Enfant singulier puisse voir le jour dans des circonstances exceptionnelles, bien qu'ancrées dans une situation naturelle à l'époque. L'humble lieu de la naissance – une grotte qui servait d'étable – fait ressortir la vie ordinaire, simple et pauvre de Jésus Christ et sa vie future au milieu des hommes, Lui qui, à la fin de sa vie, sera repoussé en tant que chef religieux du peuple.
 
De nombreuses questions relatives à la naissance de Jésus restent sans réponse. La dévotion populaire a tenté de combler ce vide avec des explications constructives, mais a également essayé d'embellir le récit avec des exagérations. Le croyant reste bien sûr toujours sensible au fait que Marie et Joseph n'eurent pas trouvé de place, et que Jésus a dû naître dans un lieu où séjournaient les bêtes. Quelle que fut la situation de Marie et de Joseph, ce mystère grandiose et saisissant nous pousse à adorer, dans une attitude d'émerveillement et de recueillement, le Fils de Dieu qui vient au monde dans ce petit Enfant entièrement démuni.
L'annonce de l'Ange aux Bergers
 
Comment l'annonce de cet Enfant merveilleux a-t-elle été rendue publique ?  Depuis longtemps déjà, Marie et Joseph étaient au courant du mystère qui entourait cet Enfant. Mais ils n'avaient pas reçu la mission de l'annoncer autour d'eux. Dieu avait prévu d'autres moyens. Il envoya un ange, un messager, à qui Il confia la mission d'annoncer à un petit groupe de bergers juifs cet événement merveilleux qui avait eu lieu dans la discrétion d'une étable : "Il y avait dans la même région des bergers qui vivaient aux champs et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit. L'Ange du Seigneur se tint près d'eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ; et ils furent saisis d'une grande crainte. Mais l'ange leur dit : Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd'hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. Et soudain se joignit à l'ange une troupe nombreuse de l'armée céleste, qui louait Dieu, en disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance !" (Lc 2,8-14).
 
Un Ange est envoyé à de simples bergers pour leur révéler cette merveille réalisée à Bethléem. Le Sauveur est né, le Messie longtemps attendu, le Rédempteur. Dans ce Nouveau-Né enveloppé de langes et déposé dans une mangeoire, le salut du monde s'est révélé aux hommes. Une troupe nombreuse de l'armée céleste annonce solennellement ce que représente la naissance de cet Enfant : au ciel la gloire de Dieu et sur terre la paix dans le cœur de ceux qui s'ouvrent pour Jésus.
Le bœuf et l'âne de la Crèche
 
Les crèches que nous dressons durant le temps de Noël trouvent leur origine chez saint François et le mouvement franciscain. Nous y voyons bien souvent un bœuf et un âne, bien que l'Écriture Sainte n'en fasse aucune mention. C'est sur des sarcophages paléochrétiens que nous trouvons les premières représentations de la nativité de Jésus, et il est intéressant de voir l'Enfant entouré, non pas de Marie et de Joseph, mais bien d'un âne et d'un bœuf. Que font donc cet âne et ce bœuf près de la crèche ?  Nous devons en chercher la raison dans différents textes de l'Ancien testament qui, selon les Pères de l'Église, se réfèrent au Christ. Dans le texte hébreux du prophète Habacuc nous lisons : "Entre deux êtres vivants tu te révèleras." (Ha 3,2). Le bœuf représente le peuple d'Israël qui se rend à la crèche, et l'âne représente les païens. Le Juif fervent de l'époque ne reconnaissait que deux catégories de personnes : les élus et ceux qui ne l'étaient pas, les purs et les impurs, les Juifs et les païens. C'est ainsi que le bœuf et l'âne de la crèche signifient donc que l'Enfant couché dans la mangeoire est le Rédempteur de tous les hommes, aussi bien des Juifs que des païens. Pour le peuple d'Israël, le bœuf et l'âne étaient des animaux domestiques essentiels : le bœuf était un animal de trait, l'âne une bête de somme, l'un tirait, l'autre portait. Les Juifs considéraient le bœuf comme un animal pur que l'on pouvait manger et offrir. Mais plus tard, les Pères de l'Église nous expliqueront que le bœuf, courbé sous le harnais est aussi l'image des Juifs courbés sous le joug de la Loi. L'âne, quant à lui, était considéré comme un animal impur. Les Pères de l'Église nous le présentent comme l'image des païens, les impurs : comme l'âne qui ploie sous un lourd fardeau, les païens ploient sous le fardeau des idoles. Le Christ appelle les uns comme les autres au salut. Il les délivre du joug de la Loi et du fardeau du péché et des idoles.
Bethléem - aujourd'hui
La naissance de Jésus dans nos cœurs
 
La naissance de Jésus-Christ est un événement ancien et appartient à l'histoire. C'est ce que nous commémorons chaque année. Toutefois, ce mystère se renouvelle sans cesse sous une forme mystérieuse mais bien réelle. Le Christ naît toujours à nouveau dans les cœurs. Depuis plus de deux mille ans, Jésus renaît par la foi et le baptême dans la vie d'un grand nombre. Aujourd'hui encore, et à la fête de Noël, Jésus entre à nouveau dans les cœurs. La naissance et la croissance de Jésus dans le cœur humain est un événement invisible mais puissant, qui continuera jusqu'à la fin des temps. Le chrétien porte le Christ dans son cœur. Chaque cœur humain peut et doit devenir un nouveau Bethléem, un lieu de rencontre du Christ. A ceux qui croient en Lui, qui espèrent en Lui et qui L'aiment, le Fils de la Vierge offre les dons du ciel : le pardon des péchés, la vie divine, la paix, la joie, la vie éternelle.
 
 
»Chaque heure de la vie peut devenir un nouveau Noël pour celui qui accueille son Sauveur, source de salut, Jésus Christ, le Fils du Dieu vivant et de la Vierge Marie.«